La première semaine de Judie passée dans le Janimju eut beaucoup de hauts et de bas. Quelle vie n’en avait pas ? Le truc, c’est que quand on était une ex-vieille aigrie, tout avait plus d’importance au niveau de l’agacement. C’est ainsi qu’elle connut ses premiers nettoyages…
Et ses premiers réparages™. Rien de très attrayant ni glamour, mais c’était la dure loi de la vie.
De temps en temps, elle se réjouissait de passer des repas entourée d’habitants du jeu, même si une fois sur deux elle ne pouvait pas vraiment prendre part aux conversations. Ça lui faisait un peu d’animation.
Elle avait même réussi à se faire une « amie », une personne qui acceptait de discuter avec elle et qui semblait fort sympathique. Rien de plus normal me direz-vous, entre vieilles, il fallait se serrer les coudes. Oui, Judie n’était plus de cet âge-là, mais elle se sentait naturellement proche de cette gentille dame pour le moment.
Le lendemain, Judie croisa de nouveau le dénommé… J, troisième du nom. Oui, on pouvait faire mieux, et même ça Judie n’était pas certaine de le cautionner. Mais quand il s’agissait de trouver un partenaire de jeu, il fallait arrêter de faire la fine bouche.
Cette fois-là, elle se présenta à lui habillée convenablement. Pas de pyjama, pas de conversation bizarre, rien qu’une bonne vieille discussion banale et cordiale, qui détendit notre nouvel ami.
Judie se dit qu’elle avait certainement gagné des points auprès de lui. Le bougre n’était pas tout ce qu’elle attendait et pas forcément son type d’homme physiquement parlant, mais ça semblait prometteur et ce n’était pas pour lui déplaire.
Avoir l’estomac rempli et un potentiel futur monsieur Templeton dans ses petits papiers remonta le moral de notre prisonnière grincheuse. C’est tout sourire qu’elle termina sa semaine de travail avec une seconde promotion !
- Alloooo, c’est dimanche !
- Hey, pourquoi tu cries de bon matin ?!
- Ben parce que c’est dimanche.
- J’avais compris l’info, autre chose ?
- Ah ben oui, je t’ai pas expliqué. Chaque dimanche, le jeu génère des meubles et objets d’aménagement qui atterrissent aux quatre coins des espaces publics. Avec l’argent que tu te fais au boulot, tu es autorisée à aller faire ton marché, si tu veux.
- Sérieux ?!
- Si je te le dis.
Judie était aux anges. Bon, à moitié disons, parce que la maison restait terriblement petite. Elle savait qu’elle n’avait pas grande marge de manœuvre, mais elle devait bien avouer qu’elle ne pouvait pas dire non à quelques nouveautés plus ou moins indispensables. C’est ainsi qu’elle se retrouva à traîner un tapis de course au sous-sol, ainsi qu’un feu de camp en kit qu’elle installa comme une grande, et qu’elle devrait mieux maîtriser que le grill.
- Tu vas pouvoir faire cuire du poisson !
- Ah oui c’est vrai, le fameux poisson ! Il était temps, les champignons sur le long terme c’était pas trop envisageable.
- Comment vont tes intestins ?
- J’préfère pas en parler.
Afin d’inaugurer son feu de camp, Judie alla directement pêcher à côté de la maison.
… Mais n’avait jamais fait ça de sa vie.
- Dis-donc, tu foutais pas grand-chose en fait.
- Si, j’allais au parc, je regardais les enfants tomber, et je jouais aux échecs.
- …
Judie resta une heure plantée comme un piquet à attendre que l’hameçon fasse son effet. Après s’être rendue compte, évidemment, qu’elle n’en avait pas mis, puis qu’elle l’avait mal accroché. On était Judie, ou on ne l’était pas.
Et finalement, elle avait son tout premier poisson. Heureuse ? Certainement !
- Adieu la chia…
- Chut, enfin ! Y’a des enfants qui lisent.
- Ah bon ?
- On va dire que oui.