La vie au campement, c’était pas toujours la joie. Outre le fait qu’on captait toujours pas ce qu’on foutait là et qu’on devait se démerder comme on pouvait, Lincoln passait son temps à se foutre le feu. Je sais qu’on n’avait plus toute notre tête, mais des fois je me posais des questions, quand même…
Bon, y’avait pas que des moments de déprime, je vous rassure. Au fil des jours, on a appris à prendre sur soi et ne plus trop remettre notre existence en question. Même si on mourrait d’envie de savoir ce qui était arrivé, on s’était bien rendu compte que ça n’allait pas tomber du ciel… alors en attendant qu’on trouve des indices… fallait bien vivre. Lincoln s’est mis à la guitare mais même s’il n’était pas bien doué, ça mettait de l’ambiance quand je construisais des trucs.
A force de persévérer, j’ai fini par arriver à faire un tabouret. Ah oui, c’est chouette, mais sans un bar tout de suite c’est gravement utile.
Alors je me suis mise sérieusement au jardinage, histoire de changer du poisson grillé. Je sais pas pourquoi, mais j’aimais bien ça. Peut-être que la présence des plantes me détendait.
Et puis on a eu la visite du fameux Ezra, un Gamma. Oui oui, le frère dont Octavia m’avait parlé, mais qui vivait pas avec elle. Quelle embrouille, j’vous jure… beau gosse, le bougre.
J’en ai profité pour faire un tour à la rivière, me débarbouiller et tout ça… ah ouais, ça c’était le pied tellement c’était pratique. Propre, et pratique. A fond. Enfin, quand je suis revenue, ils discutaient toujours, qu’ils étaient mignons.
- Lexa !
- Quoi quoi quoi ?!
- Ben, tu as un tatouage dans le dos… ?
- … Whaaaaaat ?!
- Oui regarde… enfin non, tu peux pas. Mais ce sont deux grandes ailes. Ça te dit quelque chose ?
- Non… pas souvenir d’un tatouage… mais mon dos me faisait mal en arrivant.
- Ah… ben ça doit être ça. On a tous un tatouage différent, on sait pas pourquoi.
Bon… ça nous aidait pas du tout mais c’était une chose. Pourquoi un tatouage ? Comme je n’arrivais à aucune conclusion, je suis allée me changer et nous nous sommes assis autour du feu. Enfin non, Lincoln a mis le feu, plutôt. Il allait falloir que je lui greffe une gourde à sa ceinture, bientôt.
Et puis comme pour montrer qu’il était pas si peu dégourdi, il a décidé de m’aider un peu avec les plantes. J’ai trouvé ça super gentil. Bon, on est censés s’aider dans le campement, c’est sûr, mais même.
- Hé, tu veux que je te dise un truc ?
- Euh… oui ?
- J’ai la trouille des insectes…
- Noooon, toi aussi ?!
Hé ben on allait aller loin…
- Mais t’inquiète pas, j’te protège quand même. Je pense.
J’ai rigolé, mais j’ai apprécié.
Bizarrement, avec le temps ça ne me gênait plus tant que ça de devoir squatter une tente avec lui.
Le lendemain, j’ai décidé qu’il était temps de voir un peu comment allaient les voisins… et les rencontrer, par la même occasion, vu que je connaissais pas encore tout le monde, au final. Mais y’avait personne. Alors je me suis posée en me disant qu’ils allaient bien revenir de toute façon.
- Hé salut ! Lexa c’est ça ?
- Exact ! Pardon si j’me suis un peu imposée, mais comme y’avait personne…
- Y’a pas de mal ! Moi c’est Savannah.
- Savannah, okay je note ! Donc tu vis avec Ezra et… tu es la sœur de Sully, j’ai bon ?
- C’est ça !
Je suis restée un bon moment finalement, à bavarder. Elle me donna des combines pour la rivière, histoire d’arriver à se laver bien comme il faut et surtout sans glisser, ni risquer de tomber sur quelqu’un d’autre… déjà que je commençais à être à l’aise avec Lincoln, si c’était un autre bonhomme qui me surprenait, ça allait être comique.
Et puis Ezra est rentré… et à priori, ils s’entendaient bien.
Ouais vu son regard, j’aurais même dit très bien.
Quand je suis retournée au campement, Lincoln mangeait. Alors pour la forme, je l’ai accompagné. Pas que je venais de m’enfiler un poisson, mais bon.
Et après une bonne nuit de sommeil, je sais pas, on était bien. Chaque levé avait l’air un peu plus facile.
Alors je sais pas si c’était l’ambiance chaude et tout, mais Lincoln est venu me prendre la main pour me parler doucement… en toute honnêteté, j’ai même pas compris ce qu’il a dit. J’ai juste… pas compris.
Mais aussi étrange que ça puisse paraître, je trouvais ça plutôt plaisant.
Et alors ce qu’il s’est passé ensuite…
C’était positif… non ?
Je savais pas trop.
Je suis allée me trouver un banc et je m’y suis reposée un peu, ne sachant pas vraiment quoi penser. Et finalement, je m’y suis endormie. Oui, j’m’en suis rendue compte parce que c’est Savannah qui bricolait à côté qui m’a réveillée. Enfin… j’suis retournée au campement et là, y’avait les Betas. Ou plutôt, deux Betas et demi.
- mais… c’est bien sain d’avoir des enfants ici, comme ça ?
Pendant que Finn causait avec Lincoln du dernier bilan de pèche, Anya m’expliquait que ça faisait déjà un mois qu’ils étaient là… et qu’au bout d’un moment, ils s’étaient tout bêtement rapprochés quoi. Comme quoi un mode de vie pareil, à moins de pas pouvoir s’encadrer à fond, ça finissait forcément par tisser des liens forts. Et qu’une chose en entraînant une autre… Sans moyen de protection, qui plus est. En tous cas, c’était clair qu’ils s’étaient fait à l’idée de refaire leur vie ici, avec les moyens du bord. J’étais tiraillée entre l’envie de leur secouer les puces et la claque de maturité à prendre. Après tout, pourquoi forcer le destin ?