Dana était très à cheval sur sa ligne. Elle trouvait qu’on « ne foutait » rien et qu’il était donc trop facile de se laisser aller et grossir. Ce qui était assez paradoxal avec le fait qu’elle était d’accord sur un point : on n’avait pas le choix de tout faire nous-mêmes, suer pour créer des choses, marcher loin pour être tranquille, bref, elle reconnaissait la vie à la dure sans l’aimer. Pas très différent de quand elle était enfant, finalement. On avait donc souvent droit à Dana qui mourait sur le tapis de course…
Alors que Clarke faisait la seule chose qui ne l’embêtait pas trop : creuser, pour changer. Hé oui, Clarke était censée être la délicate, hein.
Pour ma part, j’étais surtout plongée dans l’échiquier que j’avais réussi à construire et que Rose m’avait demandé à la base. C’était pas fastoche, mais je sentais que c’était important.
En tous cas, Dana se sentait plus à l’aise dans la réflexion que ça demandait plutôt que dans la construction de meubles.
Alors je me creusais les méninges…
Jusqu’à être heureuse de trouver comment faire…
Et de me rendre compte que non, Dana me battait de toute façon. Bon, au moins, ça me rassurait sur l’état de santé mentale de ma fille.
Bon, sauf quand elle agressait limite Kitaï qui arrivait dans le coin…
Là, je l’avoue, je me demandais ce qu’il se passait dans sa tête.
Surtout que, le pauvre, voulait simplement savoir où se trouvait Clarke.
- Hey Kitaï ! Comment ça va ?
- Ben super ! Ça te dirait qu’on aille s’promener ?
- Ah mais non j’peux pas, trop occupée tu comprends ! Et tu saurais pas où est Caleb par hasard ?
- Euh…
Ouais, les problèmes d’ado dans toute leur splendeur. Vous en faites pas, il s’en remettra le Kitaï ! Après je disais ça, mais quand ça allait être à mon Noah de faire face à ces difficultés de la vie, j’allais certainement moins prendre ça à la légère. Mais pour le moment, il restait mon garçon adoré. D’ailleurs, lui aussi avait succombé à l’appel de l’échiquier…
Mais comme ça l’emballait pas plus que ça, il passait surtout son temps à arbitrer les parties de ses sœurs quand ça sentait le crêpage de chignon.
Certains jours, il se faisait embarquer dans leurs escapades, même si ça ne plaisait que moyennement à tout le monde. Quand ils rentraient, je ne savais dire s’ils faisaient la tête parce qu’ils se sentaient seuls au monde, parce que c’était trop plein de bébêtes, parce qu’ils étaient fatigués…
Souvent, je les entendais piailler sur les suppositions qu’elles faisaient quant à leur prochaine sortie. Entre les futures découvertes d’objets et possiblement de civilisations cachées, ça y allait bon train.
- Vous savez, y’a aucun beau mec qui va surgir de nulle part pour vous emmener sur son cheval blanc vous épousailler au clair de la lune, hein.
… Et bien souvent aussi, Rose prenait soin de mettre fin à leurs rêveries, en étant toute fière d’elle.
Ce qui me faisait bien rire, du fond de mon frigo que je réparais un jour sur deux.
Ouais, je m’afférais constamment dans la maison. Pour construire, améliorer, réparer… je leur avais même confectionné une espèce de jeu en bois sur lequel fallait lancer des bouts de fer, histoire de changer un peu de l’échiquier de temps en temps. Ça plaisait à Dana qui se révéla encore une fois plutôt douée.
Quand elle ne regardait pas juste après si les autres campeurs avait loupé son exploit ou non.
Et pour continuer sur le sujet des animations, Rose avait pris la relève de ses sœurs en ce qui concernait l’intérêt pour le dessin. Lorsque son père lui a demandé confirmation sur l’endroit où Clarke avait originellement trouvé l’entrepôt avec les cartons remplis de cahiers et autres affaires de bureau, elle a pu lui apprendre qu’il y avait en fait deux bâtiments : un petit avec les cartons, et un second qui avait la moitié de son toit cassé et recouvert de verdure, qu’ils n’avaient pas réussi à ouvrir. A inspecter…
Comme vous mourrez certainement d’envie de savoir comment s’en sortent les colorés et surtout quel est le sexe de leurs bébés brailleurs, sachez qu’après leur avoir laissé le temps de profiter de leur petite famille, nous avons fini par débarquer chez eux pour les présentations officielles.
Non sans une Cléo complètement shootée à la vitamine C pour faire bonne figure.
Nous avions donc là des jumelles, répondant aux noms d’Alyssa et Elizabella, directement envahies par Anya et Savannah.
Quand ça n’était pas les jumeaux de la première génération qui gagatisaient devant elles. Au moins, Octavia pouvait passer son manque de fille comme ça.
Ça lui redonnait le sourire, et j’en étais bien heureuse. Quant à Lincoln, il en profitait pour glisser à Anya que Clarke cherchait son fils depuis plusieurs semaines sans arriver à mettre la main dessus…
Alors forcément, quand on parlait du loup…
- Ben… T’étais où toi ?!
- Pardon, j’ai été très pris par un truc ces derniers temps…
- Quoi, comme truc ?
Ouais, il était donc assis là tranquillement, avant d’inviter ma fille à le suivre, parce qu’apparemment, c’était « enfin prêt ». A ce qu’elle m’a raconté, en tous cas.
Il l’a emmenée dans un coin du désert un peu plus vert, ou d’anciennes structures étaient toujours intactes.
- C’est bien beau tout ça mais… pourquoi ?
- Voilà… je savais pas comment te le dire. Du coup, je me suis dit qu’un signe parlerait mieux que moi.
- … Me dire quoi ?
- Déjà… je suis désolé de ne pas m’être pointé au campement ces derniers temps, enfin en dehors de chez moi… ma mère m’a dit que tu me cherchais.
- Ben ouais ! J’ai pas compris où t’avais disparu…
- J’étais ici… à faire ça pour toi.
- Ça quoi, exactement ?
- J’ai fait pousser des fleurs. Bon, comme ça, ça a l’air con je sais. J’ai trouvé les graines, j’ai entretenu les pousses, jusqu’à ce qu’elles donnent de vraies plantes. Et je les ai disposées… en forme de cœur. C’est… c’est pour toi, en fait.
Mignon, hein ? Elle a une très bonne mémoire ma fille. Après ça, et avant qu’elle ait vraiment pu réagir, il a tenté le tout pour le tout. Quel homme, ce Caleb ! Romantique et fonceur, j’pouvais pas espérer mieux.
Il n’a pas pu cacher sa joie longtemps, même si ma fille était plutôt du genre deux d’tension.
Après ça, elle s’est plus ou moins barrée en courant pour venir me raconter. Avec une banane certaine sur la tronche, parce que même si elle ne l’avouait pas encore, c’était exactement pour ça qu’elle avait fortement ressenti le manque de Caleb sur le campement…