• Chapitre 5 - Nyrden

    Plusieurs minutes, Anda resta silencieuse, debout à côté de son paternel qui n’était aucunement perturbé par seulement entendre le crépitement du feu face à lui. Elle le regardait, les yeux à moitié plissés, pas certaine de devoir discuter comme si rien ne la tracassait. Plus d’une fois, elle ouvrit discrètement la bouche, voulant lancer la conversation, mais se ravisa.

    Cependant, Revan connaissait les mimiques de sa fille par cœur, et devinait du coin de l’œil que quelque chose n’allait pas. Ou du moins, qui n’était pas net.

     

    « - Tout va bien ? »

     

    Coupée dans une nouvelle imitation de la carpe, Anda s’interdit de prononcer quoi que ce soit. En fait, elle ne savait même pas quoi dire. Provoquer une nouvelle dispute ? Accuser directement son père en qui elle avait pourtant pleinement confiance ? Faire comme si tout allait bien ? Elle opta pour la simplicité. Elle haussa les épaules et sourit légèrement.

     

    « - Oui oui, je suis juste un peu fatiguée je crois. »

     

    Ce qui en apparence était vrai, ne se reflétait pas sur le visage de petite Anda qui avait bien peur de se laisser trahir par ses doutes.

     

    Chapitre 5 - Nyrden

     

    Ne souhaitant pas que son père lui pose des questions, et n’ayant soudainement plus faim, Anda voulut se diriger vers leur arbre. Elle secoua la tête, fit quelques pas en contournant son père, puis soupira, pas certaine de vouloir laisser tomber ainsi. C’est qu’elle avait un problème en tête, et qu’elle savait bien ne pas se sentir tranquille tant qu’il ne serait pas résolu.

     

    Pendant quelques longues minutes, elle resta près du feu, feignant de se réchauffer en l’admirant. Ce qui en soit n’était pas choquant, puisque les fées passaient beaucoup de leur temps à se délecter de chaque petite chose de la nature.

     

    Chapitre 5 - Nyrden

     

    Finalement, Anda se résolut à tenter un rapprochement au sujet qui lui torturait l’esprit. Mais toujours dans la simplicité. Ça ne servait à rien d’agresser directement son paternel sans être certaine de ce qu’elle avançait et sans même aucune preuve. Elle doutait, certes, mais il ne s’agissait justement que d’un doute.

     

    « Dis… est-ce qu’on pourra faire un tour au palais un jour ? »

     

    Histoire de ne pas braquer son père, elle afficha un petit sourire réjoui, comme si elle était une simple enfant, demandant à faire un petit voyage dont elle rêvait depuis longtemps. Mais Revan sembla se fermer instantanément malgré ça. Après de longues secondes, il s’efforça de rendre son expression plus douce. Il se tourna vers sa fille, un air interrogateur dans le regard.

     

    « - Pourquoi cette idée soudaine ? »

     

    S’il était ferme, il tenta de paraître relaxé, mais changea à nouveau d’expression lorsqu’il décida d’opter pour une fausse inquiétude.

     

    « - Tu n’es pas bien, ici ? »

     

    Sans réfléchir davantage, Anda haussa nonchalamment les épaules. Elle n’arrivait pas vraiment à déceler les intentions de son père, et ça l’agaçait.

     

    « - Si si évidemment, mais je me demandais comment c’était, le palais… comment les gens vivaient là-bas.

    - Crois-moi, il n’y a rien d’intéressant au cœur du royaume à part voir des fées se trimballer en affichant leur richesse. Ce ne sont pas des gens bien. »

     

    Si elle avait confiance en son père, elle Anda n’appréciait pas son ton catégorique. Rapidement, elle comprit qu’il n’avait absolument pas l’intention de l’emmener découvrir la royauté et ses alentours, quand bien même il s’agisse d’un rêve, au même titre que les humains rêvaient souvent de découvrir les plus grandes villes de leur monde.

     

    « - Et pourquoi ne me laisserais-tu pas juger par moi-même ? Tu m’as toujours dit qu’on devait tous se faire notre propre opinion sur tout. »

     

    Revan tiqua. Il regarda sa fille droit dans les yeux, serrant la mâchoire.

     

    « - Anda, je dis ça pour ton bien. Tu vas tomber de haut. »

     

    Mais ladite Anda leva les yeux au ciel, se retenant de taper du pied au sol. Au lieu de ça, elle fit demi-tour vers la maison, mais son père la rattrapa en chemin.

     

    « - Ah non ! Tu ne peux pas t’énerver en silence et faire comme si j’étais le méchant. Anda, la capitale n’en vaut pas le coup. Tu sais que je n’ai pas toujours vécu ici, et que je n’ai jamais eu l’intention de te faire du mal intentionnellement. Si je t’assure qu’il n’y a rien de bon à prendre au palais, c’est que c’est le cas.

    - Et pourtant Cassian n’en a jamais dit du mal ! 

    - Cassian ? »

     

    Anda se retint de plaquer une main contre sa bouche. Elle n’avait jamais voulu réellement cacher Cassian à son père, mais elle savait que lui en parler n’allait apporter rien de vraiment bon. Alors elle avait préféré se taire. Mais la colère et la frustration prenaient le dessus.

    Revan quant à lui, était d’un calme étonnant. Même s’il était visiblement tendu et déçu.

     

    « - Anda, qui est Cassian ? »

     

    L’intéressée s’empêcha de détourner les yeux.

     

    « - C’est… personne. C’est personne. Juste une fée avec qui j’ai discuté ces derniers-jours. 

    - Chez les humains ?

    - Oui.

    - Deux fées chez les humains, cachées par un arbre… tu me déçois, Anda. Tu ne m’avais jamais rien caché. »

     

    Anda soupira. Evidemment qu’elle s’en voulait, la petite fée. Mais ce n’est pas sur cette pensée qu’elle s’arrêta.

     

    « - J’apprécierais que tu ne voie plus ce Cassian.

    - Mais papa ! Si c’est dans notre monde ? »

     

    Revan resta impassible.

     

    « - On ne fera rien de mal en restant ici. En tous cas, si tu ne veux pas venir avec moi au palais, Cassian pourra m’emmener, il connait l’endroit. »

     

    Les yeux de son père tressautèrent. Il fronça les sourcils et gonfla sa poitrine, commençant à finalement intimider Anda.

     

    « - Jeune fille, tant que vivras avec moi, tu ne mettras pas un pied au palais ! Est-ce bien clair ?! »

     

    Chapitre 5 - Nyrden

     

    Anda avait rarement vu son paternel s’énerver ainsi. C’était arrivé, mais le souci était que cette fois-ci, elle ne comprenait pas le problème, et commençait à plus sérieusement se dire que le doute de Cassian était fondé : et s’il avait quelque chose à cacher ?

    Ses jolies joues frémirent.

     

    « - Très bien ! Hé bien peut-être que je devrais m’en aller ! »

     

    Elle avait crié sur son père, et n’était pas très sûre que ce soit la chose la plus judicieuse à faire. D’ailleurs, elle avait du mal à le réaliser. Mais d’un coup, le visage de Revan se décontracta. La tension s’en alla aussi vite qu’elle était arrivée, et il soupira. Il laissa quelques minutes à sa fille pour qu’elle se calme, se demandant dans un même temps si elle était sérieuse ou non. Mais il savait bien qu’il n’allait pas vivre avec elle toute sa vie. Elle aussi devait évoluer, trouver sa place, tracer son chemin.

     

    Doucement, il la prit par les épaules pour communiquer son étrange tranquillité, et finalement, ils s’allongèrent tous les deux dans l’herbe dormante pour regarder les étoiles, entrer en communion avec le ciel et le calme de la nuit. Après un long moment de silence, la tension retombée, Revan reprit la parole.

     

    « - Ecoute… Je sais très bien que tu aimerais découvrir ce monde par toi-même, et je t’y encourage. J’espère que tu sauras trouver un avenir qui te plaît, à partager avec la personne qu’il te plaira. Mais tu dois aussi comprendre qu’un parent cherche le bonheur et la sécurité de son enfant. Je sais que t’interdire de te rendre au palais n’est pas bien, mais j’ai été à ta place. J’ai vécu cette frénésie, tous ces sentiments qu’on découvre en grandissant et en voulant accomplir ses rêves. Mais il y a des rêves qu’il vaut mieux briser tôt plutôt que les laisser s’emparer de nous et nous faire du mal trop tard. »

     

    Il soupira silencieusement, avant de tourner la tête vers sa fille qui finit par acquiescer.

     

    « - Je comprends. »

     

    Heureux de cette réponse, Revan riva de nouveau ses yeux vers la voûte céleste, tandis que sa fille se détourna de lui, laissant son faux sourire se défaire petit à petit.

     

    Chapitre 5 - Nyrden

     

    Revan finit par se relever, incitant Anda à en faire de même. Aucun n’avait mangé mais  ils n’y pensaient clairement plus. Quelque peu fatigué, Revan prit congés auprès de sa fille en lui intimant de ne pas trop tarder. Il la savait responsable et connaissait bien les environs, qui étaient sécurisés. Mais il n’aimait pas savoir qu’elle traînait dehors en pleine nuit, question d’inquiétude parentale.

     

    « - Oui, je ne vais pas tarder. Bonne nuit papa. »

     

    Elle le regarda s’éloigner doucement, sans bouger d’un poil. Au loin, elle le vit monter les étages de leur petite maison, légèrement éclairée par certaines plantes qui l’entouraient. Combien de fois Anda s’était-elle extasiée sur la beauté de leur monde ? Trop pour s’en rappeler. Avec un petit sourire, elle s’avança vers le lac, derrière elle.

     

    En fait, elle ne savait pas quoi penser de cette soirée. La tirade de son père lui paraissait assez légitime. Mais quelque chose continuait de sonner faux dans son esprit. Qu’il veuille son bien, et éviter de la voir souffrir était un fait qu’elle ne pouvait qu’approuver, même si elle n’avait que dix-huit ans et qu’elle aurait dû se montrer un peu plus immature que ça sur le sujet. Mais au fond d’elle, elle n’arrivait pas à acheter son histoire. C’est sur cette pensée qu’elle se mit à observer l’eau, aller et revenir vers elle, dans un chant aquatique qu’elle aimait particulièrement. Ce calme l’apaisait, plus que les mots de son père qu’il choisissait pourtant bien.

     

    Chapitre 5 - Nyrden

     

    Mais en repensant à ces mots, Anda ne put s’empêcher de se dire qu’elle n’était pas résolue à obéir. Non, cette fois-là, l’enjeu était bien trop grand. Que son père lui interdise de se miniaturiser pour s’introduire dans une ruche et voler du miel était une chose. Mais qu’elle ne soit pas autorisée à découvrir le cœur du royaume, son palais, ses habitations, ses coutumes et résidents était trop inconcevable pour elle, ne serait-ce que pour sa propre culture. Que la potentielle arrogance de la haute société la déçoive beaucoup était un prix à payer, selon elle.

     

    Mais pouvait-elle seulement accepter de s’y rendre malgré l’avis de Revan ? Etait-elle certaine de vouloir, pour la première fois de sa vie, trahir son père ainsi ? Si Cassian l’emmenait, tout était possible.

     

    « - Oui, sauf que j’ai pas envie de me mettre papa à dos… »

     

    Songeuse, elle regardait le lac, laissant ses yeux vagabonder petit à petit par-delà les montagnes qui trônaient de l’autre côté de l’étendue d’eau, puis vers les étoiles qui brillaient de tout leur éclat dans un ciel sans lune. S’accrochant finalement à sa dernière pensée, elle se dit que le mieux à faire pour le moment, était tenter de faire accepter son nouvel ami à son père. S’il avait exprimé son mécontentement à la savoir traîner avec lui dans le monde des humains, il avait cependant refusé de lui répondre simplement pour une amitié féerique. Et qui savait… à peut-être l’apprécier, il accepterait de laisser sa fille partir au palais avec lui.

     

    C’est sur cette note un peu plus optimiste qu’Anda décida de regagner la maison, après une dernière minute à se délecter des clapotis de l’eau ; mais la note sonnait toujours faux.

     

     

    Chapitre 5 - Nyrden

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 14 Novembre 2015 à 00:13

    "et qu’elle aurait dû se montrer un peu plus immature que ça sur le sujet." ... gné ?

    Mais pourquoi elle peut pas hein, pourquoiii D:

      • Samedi 14 Novembre 2015 à 10:03

        Sous-entendu qu'étant donné son âge, elle aurait plutôt eu tendance à faire un caprice et ne pas vouloir comprendre pourquoi son père veut la protéger :) 

        Héhé, bonne question ^^ 

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